500 000 francs suisses. Ce chiffre claque comme un couperet et redéfinit, depuis 2018, le terrain de jeu fiscal pour les sociétés actives en Suisse. Les règles ont changé, et avec elles, la feuille de route des experts en ingénierie patrimoniale et fiscale qui accompagnent les entreprises détenant des actifs, qu’ils soient tangibles ou non, sur le territoire helvétique.
Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’impôt sur le revenu des sociétés, tout revenu annuel dépassant ce seuil devient concerné. Les sociétés cotées sur le marché suisse, mais aussi les entités privées dont le chiffre d’affaires ou l’actif total franchit cette barre, sont désormais dans le viseur. Même les structures opérant sur plusieurs fronts, entre la Suisse et l’international, n’échappent pas à cette extension du champ d’application. Pour le gouvernement, le résultat est immédiat : une manne fiscale de près de 11 milliards de francs suisses dès la première année.
Qu’est-ce qu’une sortie de capitaux ?
Le terme désigne tout mouvement d’actifs quittant la Suisse : dividendes, intérêts, plus-values… La liste est longue. Dès lors qu’une opération aboutit à ce transfert, elle tombe sous le coup de la règlementation. Point notable : les revenus générés par une activité commerciale sur place ne sont pas considérés comme une sortie de capitaux, tant qu’ils restent en Suisse. Cependant, la notion reste vaste : même l’exportation de services, conseil, informatique ou expertise technique, peut être assimilée à une sortie de capitaux, dès lors que la valeur produite s’évapore hors frontières.
Quelle est la variable la plus génératrice de revenus pour les sorties de capitaux ?
La réforme a rebattu les cartes pour les entreprises suisses, en particulier sur la gestion de leurs flux et de leur structuration comptable à l’international. Au cœur du dispositif, le modèle de la « Managed Accountancy Firm » (MAF) : ces cabinets spécialisés qui orchestrent la conformité fiscale et cherchent à limiter les risques liés au contrôle. Pour les structures dont la situation fiscale reste relativement simple, s’appuyer sur une MAF peut s’avérer judicieux, tant pour contenir la pression fiscale que pour éviter les mauvaises surprises lors des contrôles. Mais l’architecture de ces montages, en rendant plus opaque la circulation des actifs, qu’ils soient matériels ou immatériels, complique la traçabilité des flux.
Voici les principaux points à considérer quand une entreprise envisage le recours à une MAF :
- Expertise dans l’optimisation et la sécurité des opérations transfrontalières
- Capacité à anticiper les exigences déclaratives imposées par la nouvelle loi
- Risques accrus de surveillance sur les actifs moins transparents
Gérer la fiscalité internationale ressemble alors à un jeu d’équilibriste, où chaque mouvement doit être calculé, chaque transfert anticipé.
Que signifie la nouvelle loi pour les dividendes ou les paiements d’intérêts ?
Les sociétés qui exportent massivement et qui versent dividendes ou intérêts à leurs actionnaires voient leur fiscalité s’alourdir. Lorsqu’une entreprise étrangère mène des activités significatives en Suisse, la question de la localisation du revenu devient épineuse : en tant qu’entité « pass-through », il devient compliqué de déterminer avec précision le lieu d’imposition. Cette incertitude rend toute prévision fiscale hasardeuse. Pour réduire l’exposition, certaines entreprises optent pour le versement des dividendes ou intérêts à une filiale offshore non assujettie à l’impôt suisse, une tactique qui permet de limiter l’impact de la nouvelle loi.
Quel type d’entreprise est le plus touché par la nouvelle loi ?
Le profil de l’entreprise conditionne directement la fiscalité appliquée. La réforme concerne toutes les formes d’activité : sociétés anonymes, SARL, entreprises individuelles, sociétés de personnes… Les actionnaires, qu’ils soient particuliers ou personnes morales, sont également concernés dès lors qu’ils détiennent des parts dans une entité soumise à l’impôt suisse. Quelques exceptions subsistent : les particuliers non-résidents (présents moins de sept jours par semaine sur le territoire), ainsi que les organisations religieuses ou caritatives, qui échappent à cette nouvelle donne.
Les points clés à retenir
Ce virage fiscal impose aux entreprises de repenser leur organisation et d’intégrer, dès que possible, les nouvelles contraintes dans leur fonctionnement. Il s’agit aussi d’une évolution majeure dans la manière dont les sorties de capitaux sont régulées et évaluées. À l’aune de ce changement, la sortie de capital se profile désormais comme le levier le plus rentable pour les sociétés suisses qui cherchent à arbitrer entre optimisation et conformité.
Face à ces lignes qui bougent, rester statique n’est pas une option. La fiscalité suisse, plus que jamais, exige une vigilance de tous les instants et une capacité d’adaptation constante. Les règles sont claires : à chacun de trouver la stratégie qui lui permettra de transformer ces contraintes en opportunités, sans risquer le faux pas.

